Aujourd’hui, je pense que le véritable problème est ailleurs. C’est la dépendance, oui la dépendance. Pendant des années, nous avons raisonné fertilité en regardant uniquement le prix des engrais. Lorsque le prix montait, nous cherchions à acheter mieux. Lorsque le prix baissait, nous étions rassurés.

Pourtant, les crises successives de ces dernières années ont mis en évidence une réalité beaucoup plus profonde. L’azote dépend du gaz naturel, le phosphore dépend de quelques régions du monde, le transport dépend du pétrole.

Et l’ensemble dépend d’une géopolitique que ni les agriculteurs, ni les collectivités, ni les entreprises ne maîtrisent. En réalité, le coût d’un fertilisant n’est pas seulement son prix d’achat. C’est aussi :

➡️ une dépendance énergétique,

➡️ une dépendance logistique,

➡️ une dépendance financière,

➡️ une dépendance géopolitique.

C’est probablement la plus grande leçon que j’ai apprise au cours de mon parcours de vie bicontinentale!

Après avoir travaillé dans le compostage, le lombricompostage et les bio-process pendant plus de 15 ans, puis après avoir vécu et travaillé près de 8 ans en Amérique du Sud, j’ai découvert une autre manière d’aborder la fertilité. Là-bas, beaucoup de producteurs ne se demandent pas: “quel fertilisant vais-je acheter?”. Ils se demandent: “Quelle fertilité puis-je produire localement et comment?”

La différence est immense!

Parce qu’à partir du moment où l’on valorise les matières organiques disponibles localement, les ressources minérales du territoire et les micro-organismes naturellement présents, la fertilité cesse progressivement d’être uniquement un achat. Elle redevient une production. Je ne parle pas ici d’autarcie, je parle d’autonomie, celle qui ne pouvait pas être autrement il y a moins de 100 ans en France, entre 2 guerres.

Je ne parle pas de remplacer tous les intrants, je parle de réduire les vulnérabilités. Dans un monde où l’énergie, les matières premières et les chaînes logistiques deviennent de plus en plus instables, cette question me semble désormais centrale:

Le véritable coût de la fertilité est-il son prix d’achat… ou notre niveau de dépendance?

Je suis curieux d’avoir votre avis.

Selon vous, au delà de notre agriculture, que soit le domaine secondaire ou tertiaire, l’enjeu des prochaines années sera-t-il de produire davantage… ou de produire mieux et plus autonomes?