Il convient de prime abord de préciser que j’emplois le terme bokashi agricole “de manière élargie”.
Dans son parcours et son évolution, le bokashi a utilisé un consortium spécifique de EM développé par Higa. Alors que les versions locales (d’Amérique du sud) reposent souvent sur des levures ou des préparations fermentées diverses.
Cette évolution/adaptation au contexte local s’écarte de la formulation initiale. Cependant il est toujours possible de rendre autonome en biologie en fabriquant ses propres souches andémiques de “lactobacilles/levures/actynomicètes“, via la technologie: Takakura que j’enseigne aussi.

A part dans un contexte très cadré commercialement (bokashi domestique?….), le Bokashii agricole n’est donc surtout pas une recette figée. C’est une méthode de transformation biologique adaptable aux biomasses disponibles, aux sols et aux objectifs agronomiques de chaque territoire. Cest un des objets de notre stratégie: une politique de recherche d’adaptabilité pour la mise en autonomie.

A) La recette : choisir et assembler les ingrédients

La qualité d’un Bokashi dépend avant tout de la nature et de la complémentarité des matières premières utilisées.

Contrairement à une idée reçue, il n’existe pas de recette universelle. Chaque formulation est adaptée :

  • aux ressources disponibles localement,
  • aux objectifs agronomiques recherchés,
  • aux caractéristiques du sol destinataire.

La préparation repose sur l’association de plusieurs familles d’ingrédients.

Les matières organiques

Elles constituent la base du mélange et apportent la nutrition nécessaire au développement microbiologique.

Exemples :

  • Résidus de culture,
  • Fumiers,
  • Contenus ruminaux,
  • Fientes (avec précaution),
  • Sous-produits agroalimentaires,
  • Biodéchets,
  • Déchets verts.

Les matières carbonées structurantes

Elles permettent :

  • d’aérer le mélange ;
  • de réguler l’humidité ;
  • de fournir une source de carbone stable ;
  • de favoriser une bonne structure du futur amendement.

Exemples :

  • Broyat végétal,
  • Copeaux,
  • Balles de céréales,
  • Fibres végétales,
  • Sciures adaptées.

Les ressources minérales

Selon les objectifs recherchés et les propriétés du sol destinataire, différentes ressources minérales peuvent être incorporées.

Exemples :

  • Poudres de roche,
  • Cendres végétales,
  • Argiles,
  • Phosphates naturels,
  • Carbonates,
  • Charbon végétal (activé ou non).

Les activateurs biologiques (très optionnels)

Il s’agit d’innoculer le mélange et de favoriser le développement de ces populations microbiennes.

Selon les pratiques locales, il peut s’agir :

  • de micro-organismes indigènes,
  • d’inoculums microbiens,
  • de préparations fermentées,
  • de compost mature,
  • de bokashi(tel le levain du boulanger),
  • d’autres sources biologiques adaptées au contexte local.

Une formulation adaptée à chaque contexte

L’ensemble de ces ingrédients est ensuite dosé, ajusté et équilibré afin d’obtenir une formulation cohérente répondant aux objectifs agronomiques visés.

Des analyses de laboratoire vont valider les caractéristiques physico-chimiques, voire biologiques du produit obtenu.


B) Le processus: transformer la matière organique en amendement en deux étapes distinctes

Une fois la formulation précisée, le Bokashi entre dans une phase de transformation biologique intensive.

Phase 1: la préparation/homogénéisation & activation

Les différents ingrédients sont mélangés de manière homogène possible afin d’assurer une répartition équilibrée:

  • de l’humidité,
  • des nutriments,
  • de la structure des matériaux,
  • des micro-organismes.

Cette étape conditionne largement la réussite du processus.


Les ingrédients, leurs proportions et leur homgénéisation jouent un rôle essentiel dans le déclenchement de la phase d’activation. Sans eux, il est impossible d’atteindre les conditions nécessaires à une transformation rapide et efficace.

L’activité microbiologique s’intensifie alors progressivement et provoque une montée en température pouvant atteindre 55 °C, voire ponctuellement d’avantage: 58-60°C.

Cette première phase:

  • Accélère la transformation/dégradation/découpage de la matière organique,
  • Initie la dégradation des composés chimiques les plus facilement assimilables.

60°C, la température du bokashi est excéssive. 55°C est la température qui convient.

Une activation contrôlée

Durant les premiers jours, plusieurs brassages ou réactivations seront réalisés afin:

  • d’homogénéiser le mélange,
  • de répartir l’humidité,
  • ré-activer, par apport d’oxygène,
  • de maintenir des conditions favorables à long terme à l’activité microbiologique.

Cette phase est généralement la plus intense, mais également la plus courte du procédé; elle s’effectue par un retournement homogène. Avec seulement 2 pelles, une fourche et une brouette 2 personnes peuvent retourner 3 à 4m3 en 2 heures.


Phase 2: la maturation biologique

Après cette phase d’e chaleur, dite thermophile d’activation, la phase de maturation arrive progressivement.

Les populations microbiennes affluent alors vers la phase de maturation du substrat durant laquelle la matière organique poursuit sa transformation.

Cette étape permet :

  • la stabilisation du produit,
  • le développement d’une activité biologique durable,
  • l’apparition de macro-organismes bénéfiques,
  • l’amélioration des propriétés agronomiques de l’amendement.

Obtention du Bokashi

Selon les matières premières utilisées et les conditions de production, le processus complet nécessite trois, voire quatre semaines. A la suite desquelles on opérera à un tamisage le cas échéant et une récolte pour stockage ou pour utilisation directe.

Au terme de cette transformation, on obtient un amendement organique biologiquement actif favorable pour:

Stimuler la vie du sol,

Améliorer fortement la structure et la porosité des horizons superficiels,

Soutenir les cycles naturels de la matière organique,

Favoriser la rétention en eau,

Contribuer à la fertilité physique, chimique et biologique des sols.


Grâce à la maîtrise des cycles de préparation et de maturation, la production de bokashi agricole peut être planifiée afin de garantir un approvisionnement régulier en Bokashi. Il devient ainsi possible d’obtenir un amendement prêt à l’emploi à intervalles fixes, par exemple chaque semaine, tout au long de l’année.