Bio-intrants en territoire
Les bio-préparations (bio-intrants auto-élaborés) produits localement par les agriculteurs, les communautés et les collectivités territoires.
La fertilité agricole a été principalement associée aux apports d’engrais minéraux et aux corrections chimiques de synthèse. On parle d’engrais, parfois de fertilisant. Aujourd’hui, on se dirige vers une agriculture qui importe des intrants organiques, on parle d’amendements. Les changements actuels et futurs laissent prévoire une néessité de mise en autonomie afin de compenser les désequilibres climatiques, économiques à venir. C’est là qu’apparaît la notion de robustesse, comme une notion générale de préparation aux changements, plutôt que de résilience, cette capacité à réagir après coup aux chocs. “Mieux vaut prévenir que guérir!”
Dans le domaine qui nous concerne, c’est dans cette prévision qu’apparaissent les bio-intrants agricoles. Un bio-intrant est un produit ou une solution génralement issue du vivant, qui s’insère dans le fonctionnement biologique général ou particulier des agroécosystèmes destiné à:
- la fertilité des sols,
- la nutrition indirecte des plantes,
- la disponibilité des éléments minéraux,
- le confort des animaux de la ferme,
- la résistance préventive et curative face aux prédateurs
Biofabrique (biofábrica), le lieu de production des bio-intrants.
1. Définition d’une bio-préparation
Le terme bio-préparation désigne un ensemble de solutions agricoles issues de ressources biologiques. Ils peuvent être classés en plusieurs grandes familles.
A travers le terme bio-préparation, se reflètent des réalités très différentes.
Certains bio-intrants apportent principalement des microorganismes, de la matière organique, ou des minéraux.
1.1 Les biostimulants
Ce sont des produits destinés à stimuler les processus naturels des plantes ou des sols. Ils peuvent agir sur:
- l’efficacité d’utilisation des nutriments,
- la croissance racinaire,
- la tolérance aux stress,…
Ils ne remplacent pas directement un engrais minéral ou organi-minéral mais améliorent la capacité du système sol-plante à fonctionner.
1.2 Les inoculants microbiens
Ils apportent des microorganismes sélectionnés ou naturels:
- bactéries,
- champignons,
- microorganismes symbiotiques. exemple des ectomycorhizes, endomycorhizes et parfois les ectendomycorhizes.
Leur objectif est d’améliorer certains processi:
- fixation biologique de l’azote,
- solubilisation du phosphore,
- développement racinaire,
- compétition avec certains organismes indésirables.
1.3 Les amendements
Cette famille comprend:
- compost, lombricompost,
- compost enrichi,
- bocashis,
- amendements fermentés,
- matières organiques stabilisées.
Leur rôle est d’apporter:
- du carbone,
- des composés organiques complexes,
- des éléments nutritifs,
- un habitat biologique.
Ils constituent un véritable support de vie.
2. Pourquoi les bio-intrants deviennent stratégiques?
PArce-que l’agriculture fait face à 2 grands défis simultanés:
La baisse de fertilité des sols
Un sol peut contenir des éléments minéraux tout en perdant sa capacité biologique à les transformer. La fertilité ne dépend pas uniquement de la quantité d’azote, phosphore ou potassium présents. Elle dépend aussi:
- de la matière organique,
- de l’activité microbienne,
- de la structure du sol,
- des cycles naturels.
La dépendance aux ressources
Les territoires cherchent aujourd’hui à réduire de plus en leurs dépendance envers:
- les engrais importés,
- les transports de matières,
- la dépendance énergétique.

3. Le rôle essentiel de la matière organique
La fertilité biologique repose sur une relation simple: la biologie a besoin d’un habitat et d’une énergie.
Les microorganismes du sol ne fonctionnent pas dans l’air ou dans l’eau! Ils ont besoin:
- de matières organiques,
- de minéraux,
- d’humidité,
- d’un habitat stabilisé. Le plus possible à long terme..
C’est pourquoi une approche uniquement basée sur l’ajout de microorganismes de souches industrielles atteint rapidement ses limites.
Dans l’idée d’un sol vivant robuste et autonome dans lequel loge ses habitants sur du long terme dans un habitat fiable: un substrat solide issu de son propre biotope.
Exemple de mes préparations par activation de 3 types de micro-organismes. Pour la coopérative agroécologique La Foresta, Argentine.
4. Vers une nouvelle génération de bio-préparations en territoire
Pour des raisons économiques, les bio-préparations seront probablement moins des produits standardisés que des solutions adaptées aux territoires. Les bio-intrants autoproduits sont des préparations ancestrales robustes qui ont fait leurs preuves dans des conditions socio-économiques difficiles.
L’enjeu est de transformer le plus possible de ressources en fertilité.
5. La bio-préparation comme outil d’économie circulaire
Un bio-intrant territorial permet de créer une boucle:
RESSOURCES LOCALES
↓
TRANSFORMATION BIOLOGIQUE
↓
BIO-INTRANTS ACTIFS
↓
SOL FERTILE
↓
PRODUCTION AGRICOLE
↓
NOUVELLES RESSOURCES
6. Le bocashi aérobie
Comme le compost, le bocashi aérobie, compost très actif, appartient à cette génération de bio-intrants qui lie l’ancestralité à la modernité.
Son principe: transformer immédiatement différentes matières organiques en un amendement biologiquement actif.
Il associe:
- des matières organiques locales,
- une activation biologique,
- la conservation des nutriments,
- une maturation courte.
L’objectif n’est pas de fabriquer du compost plus rapidement. L’objectif est de produire un outil de gestion dynamique de la fertilité.
Ma conclusion
Les bio-intrants autoproduits représentent une évolution majeure du monde que l’agriculture va devoir suivre. Ils déplacent le regard:
de « Quel produit dois-je apporter à ma culture? »
à
« Comment puis-je produire localement les conditions d’une fertilité durable? »
Les bio-intrants territoriaux ouvrent une nouvelle voie: celle d’une agriculture, secteur primaire, autonome capable de transformer ses propres ressources en potentiel biologique.
